Et le mariage, c’est pour quand ?

Cette semaine, j’inaugure une nouvelle rubrique ! « Le coin des blogueurs » sera réservé aux articles d’autres internautes. En traduisant ces articles, j’espère vous ouvrir à d’autres cultures, points de vue, et façons de dire les choses. L’idée est simplement de partager des écrits qui m’ont touchée, dans lesquels je me reconnais ou qui me semblent enrichissants. Je serais d’ailleurs ravie de recevoir vos suggestions. N’hésitez pas à me faire connaître vos articles et auteurs préférés 🙂

Je commence avec Os, une jeune femme latino-américaine, qui se définit comme une citoyenne du monde. Indépendante, optimiste et rêveuse, elle n’aime pas la routine, et préfère s’évader, que ce soit par l’écriture ou les voyages.  Dans l’article que je vous invite à lire aujourd’hui, Os parle du sens qu’elle donne à sa vie, remplie de voyages et de rencontres, loin du schéma type mariage-enfants-retraite que sa grand-mère imagine pour elle.

Pour découvrir l’univers d’Os et lire ses articles en espagnol, c’est ici >>> https://enagua.me/

Et toi, jeune fille, quand vas-tu te marier ?

Il y a quelques mois, les conversations au téléphone avec ma grand-mère s’achevaient avec cette question, parce qu’évidemment, mes cousins sont mariés, ont des enfants et une maison. Ceux qui ne le sont pas, sont fiancés ou sortent avec quelqu’un. Et c’est très bien ! Chacun construit son bonheur et son quotidien comme bon lui semble. C’est ça la liberté, non ? Pouvoir choisir quand et avec qui nous avons envie de sourire.

Dans ma famille, et de manière générale de ce côté du charco [1], on nous dit qu’il faut étudier, travailler (jeune s’il le faut), et tout ça dans un but précis : obtenir un diplôme, trouver un bon emploi, et un « bon parti », puis se marier, avoir des enfants et continuer à assurer sa future retraite. Ah ! Et le plus drôle ? Si tu as une fille, offre-lui un poupon (l’un de ces bébés à tête chauve, livrés avec tétine et couches), histoire qu’elle commence à s’entraîner.

[1] El charco :
“la flaque”, nom populaire donné à l’océan Atlantique. « La mare aux harengs » en français, bien que beaucoup moins courant.
Notre vie est donc toute tracée dès nos cinq ans. Je me souviens qu’avec ma petite famille, quand nous étions petites ma sœur et moi, nous partions plusieurs fois en vacances chaque année. C’était merveilleux. Je me rappelle que je faisais de la balançoire, un paysage de montagnes en toile de fond. Réunis autour d’une table, on mangeait des cachapas [2], sans se soucier des horaires de travail de maman et papa, sans avoir à arrêter de jouer pour faire nos devoirs.
[2] Cachapas : galettes de maïs épaisses consommées au Venezuela. Elles peuvent être garnies de fromage, etc.

Au fur et à mesure que nous grandissons, on assaisonne notre ligne de vie d’épices de plus en plus piquantes : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » ; « De quoi vas-tu vivre ? » ; « Choisis des études qui rapportent ! », sans oublier, « Pense à fonder une famille ! » Mon papa voulait que je sois ingénieure ou avocate, ma maman médecin, mais moi quand j’étais petite, je jouais à faire l’actrice devant le miroir et j’écrivais des petits poèmes en cachette. Au moins, ils ne m’ont pas mis la pression, et m’ont toujours laissé faire ce que je voulais même s’ils n’étaient pas d’accord à 100 %.

Et ils n’ont pas à se plaindre, j’ai eu 2 diplômes, bien qu’aucun ne m’ait apporté la stabilité promise par la société. Là, je les entends me dire : « On t’avait bien dit de faire des études qui rapportent », mais j’ai gagné quelque chose de bien plus important : Mon indépendance. Une chose que je dois en partie à ma mère. J’ai beaucoup appris grâce à elle : sa façon d’aller et venir où elle veut sans dépendre de l’argent de qui que ce soit, son courage à l’heure de prendre des décisions, son habileté à diriger de grands groupes de personnes, et son envie d’apprendre plus chaque jour.

Mais pour ma grand-mère, je suis et reste « bancale » : « Quels beaux voyages », « Qu’il est réussi ce riz », « Quelle jolie robe » et… « Et ton petit copain ? » Je n’en ai pas. Pas de mari, ni de maison, ni de voiture. Cette année je vais avoir 28 ans et chez ma grand-mère, résonne encore le dicton populaire “mujer sola a los 30 se queda para vestir santos” (N.d.T. : littéralement, « Passé 30 ans, une femme seule n’a plus qu’à habiller les saints », une femme bonne pour le couvent en somme). Je pourrais donc passer ces deux années à porter des pantalons moulants, afficher un décolleté aguicheur et me maquiller les yeux pour les rendre plus provocants, comme me le conseillent mes collègues et d’autres connaissances proches. Mais non les filles, je n’ai nullement l’intention de conquérir quiconque en affichant des fesses bien galbées, et encore moins, chère grand-mère, me donner à un homme pour avoir une belle maison.

Quand j’ai marché à travers la province de Neuquén (Patagonie argentine) et que j’ai vu ces petites maisons en bois, avec ces arbres et ces balançoires, j’étais tentée. Quand j’ai visité Mendoza avec ses maisons aux façades recouvertes de fleurs et de plantes grimpantes, j’ai douté. Quand je vois ces constructions en bois au bord de la mer, je tombe dans le péché et je meurs d’envie d’en avoir une. Mais quelques instants après, c’est oublié. Ce n’est pas un lien matériel et stable que je veux, parce qu’il arrive un moment où je m’ennuie d’avoir les mêmes vues et de voir les mêmes façades, parce que les affiches publicitaires « Ta maison en 30 ans » me rebutent. Pfff ! Passer sa vie liée à une banque… Et puis, je sens que ce n’est pas le moment.

J’admire mes parents et leurs efforts pour avoir leur maison et réaliser les rêves semés tout au long de leur enfance. C’est une chose que j’admire, mais ce n’est pas ce que je veux maintenant. Je veux voir le soleil se lever depuis divers horizons, je veux m’asseoir autour d’une table et partager des recettes avec des gens venus de Chine, de Malaisie ou du Mexique, je veux voir le soleil poindre depuis différentes terrasses ou écouter les vagues sur une plage de Valizas[3].

Je suis une rêveuse, comme mon père. Lui, quand il ferme les yeux, il voit sa campagne, lui, il récite ses vers même si ma mère ne le comprends pas, lui, il rit des choses les plus simples. Pour lui, je suis toujours la petite fille de 8 ans qu’il portait sur ses épaules pendant nos promenades dans le parc. Faut pas croire, quand ces images me reviennent, je pleure, parce que si un jour j’ai des enfants, ils seront forcément contaminés par cette tendresse héritée de mon papa. Le fait est que je comprends le besoin de stabilité des autres, leur besoin de rentrer chez eux chaque jour et de promener leur chien. Mais vous, comprenez-vous mon besoin de mouvement ? J’espère que oui, car s’il y a bien un mot qui porte préjudice au monde, c’est l’intolérance.

J’ai beaucoup parlé, et grand-mère attend toujours une réponse – « Jeune fille, quand vas-tu te marier ? » – et, honnêtement, je m’en moque. Cette année, j’ai vu des photos de plusieurs camarades de fac lançant leurs bouquets, habillées comme des princesses et avec des regards amoureux. Ne vous y trompez pas, je lançais des soupirs, je me rappelais de ma grand-mère et de ses conseils, je sentais les doutes me retourner l’estomac, mais finalement, une petite voix diabolique me lançait : « Pourquoi veux-tu un mari si tu n’as même pas de petit ami », et je riais de moi-même.

Ne pas avoir de mari ne m’empêche pas de dormir, fêter mon anniversaire ou étudier un doctorat non plus. Tous ces rituels sociaux, ces signatures officielles, ces contrats pour « un futur ensemble » me donnent le vertige. Ce que je veux, c’est un compagnon de vie et de route, quelqu’un avec qui je pourrais me réveiller dans des lieux différents, avec qui je pourrais m’aventurer sur des chemins inconnus ou avec qui je pourrais écrire notre histoire et celle des autres. Je veux quelqu’un qui m’apprenne, qui ne m’avertisse pas du danger, mais qui le vive avec moi. Oui, je veux un rêveur, un explorateur dont les yeux s’illumineraient quand je dirais « Partons ! ». Pas un homme qui me demande de lui faire à manger, mais ses mains pour modeler ensemble saveurs et textures. Si vous êtes marié(e)s à quelqu’un comme ça, je vous envie ! Eh oui, grand-mère, tu as une « drôle » de petite-fille, comme tu le dis si souvent. C’est que je ne veux pas d’un bonheur artificiel, conforme aux standards sociaux. Je crois en la liberté de choisir, de pratiquer l’indépendance, de se laisser transformer et convaincre par les lieux visités ou les personnes rencontrées.

Je n’ai pas peur d’avoir 28 ans et de ne toujours pas avoir de maison, de voiture ou de mari. Je me sens heureuse quand je repense au jour où, alors que je me rendais à Lima, l’autocar s’est écrasé contre une montagne. Ou quand un type de 50 ans, sur la place d’Arequipa, me soufflait de partir avec lui. Vous savez pourquoi ? Parce que ces événements m’ont fait réagir et m’ont mise à l’épreuve. Ils m’ont forcée à faire partie d’une équipe, et à chercher des solutions en terrain inconnu et hostile. Parce que même si je suis une femme qui voyage seule, j’ai appris à me défendre de ces pervers argentés, tirés à quatre épingles. S’il y a bien une chose dont mon père peut être fier, c’est de ma jugeote, même si pour beaucoup, je reste – et resterai – une petite hippie idéaliste.

Si mes 30 ans me rattrapent ainsi, je trinquerai à mes choix. J’espère qu’un rayon de soleil me réveillera depuis un autre horizon, heureuse de ne dépendre de personne, ni d’aucune maison ou voiture. Et si, d’ici là, je trouve ce rêveur, je serai encore plus heureuse car alors, le visage estompé d’Emmaluna cessera peut-être d’habiter mes rêves.

[1] Valizas est une petite station balnéaire d’Uruguay.

D’après un article d’Os « ¿Cuándo te vais a casar? ».

Traduction : Marie L.

Photo : Gabriel Fuchs.

N’oubliez pas qu’un blog est un espace d’échanges ! Faites-nous part de vos impressions, et de votre opinion. Qu’est-ce que représente le mariage pour vous ? Quel sens donnez-vous à la vie ?

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